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puce A la reconquête de notre temps
Rubrique : Gérer son temps et ses priorités,Lectures d'Hercule Martin Publié le jeudi, 3 novembre 2016
   

malevil

Robert Merle (1908 – 2004) est un écrivain français connu pour certains de ses romans comme Week-end à Zuydcoote (prix Goncourt 1949). Ici, dans « Malevil », il imagine qu’une guerre atomique surprise dévaste la planète, et dans la France détruite, un groupe de survivants s’organise à la campagne.

Nous sommes très occupés et pourtant rien ne nous presse. Le rythme de la vie est lent. Chose bizarre, bien que les journées aient le même nombre d’heures, elles nous paraissent infiniment plus longues. Au fond, toutes ces machines qui étaient supposées faciliter notre tâche, autos, téléphone, tracteur, tronçonneuse, … elles la facilitaient, c’est vrai. Mais elles avaient aussi pour effet d’accélérer le temps. On voulait faire trop de choses trop vite. Les machines étaient toujours là, sur vos talons, à vous presser.

Je remarque que nos mouvements aussi sont plus lents. Ils se sont adaptés à notre rythme de vie. On ne descend pas de cheval comme on sort d’une auto. Pas question de claquer la portière et de monter un escalier quatre à quatre pour décrocher le téléphone qui sonne.  Je démonte ([descend de cheval]) dès l’entrée, j’amène Amarante au pas dans son box, je la desselle, je la bichonne et j’attends qu’elle soit bien sèche pour lui permettre de boire. En tout, une bonne demi-heure.

Il est possible que, la médecine ayant disparu, la vie devienne plus brève. Mais si on vit plus lentement, si les jours et les années ne passent plus devant notre nez à une vitesse effrayante, si on a le temps de vivre enfin, je me demande ce qu’on a perdu.

Même les rapports avec les gens se sont considérablement enrichis du fait de cette lenteur de notre vie. Et là, alors, si je compare. Germain, qui mourut sous nos yeux le jour de l’évènement, bien qu’il ait été mon collaborateur le plus proche pendant des années, je ne l’ai, pour ainsi dire, pas connu, ou pire, je l’ai connu juste assez pour l’utiliser. Affreux ce mot « utiliser » quand il s’agit d’un homme.

Mais voilà, j’étais comme tout le monde, j’étais pressé. Toujours le téléphone, le courrier, l’auto, les affaires, la comptabilité, la paperasse… A vivre à un tel rythme, les rapports humains disparaissent.

     
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