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puce Un message d’espoir : les trois cosmonautes
Rubrique : L'humeur du jour,Lectures d'Hercule Martin Publié le lundi, 16 novembre 2015
   

Les trois cosmonautes

En hommage aux victimes de Paris en particulier et de toutes les guerres en général, je dédie ce conte d’Umberto Eco .

Il était une fois la Terre et il était une fois la planète Mars. Les hommes qui habitaient sur la Terre auraient bien aimé aller sur Mars et sur les autres planètes, mais elles paraissaient si lointaines !

Malgré tout, ils se mirent au travail avec ardeur. Tout d’abord, ils lancèrent des satellites qui tournaient autour de la Terre pendant deux jours puis redescendaient. Ensuite, ils lancèrent des fusées.   Au début, on mit des chiens dans ces fusées. Ensuite, on trouva des hommes courageux qui voulaient bien être « astronautes, cosmonautes ou taïkonautes ».

Un beau matin, trois fusées partirent de la Terre, de trois endroits différents.   Dans la première, se trouvait un Américain, dans la deuxième, il y avait un Russe et dans la troisième, un Chinois. Chacun des trois voulait arriver le premier sur Mars pour montrer qu’il était le plus fort. Comme ils ne se comprenaient pas, ils se croyaient différents.

Ils étaient tous les trois très forts et arrivèrent sur Mars en même temps.

Ils descendirent de leurs astronefs … et découvrirent un paysage merveilleux mais inquiétant : le sol était sillonné de longs canaux pleins d’une eau vert émeraude.

Les cosmonautes contemplaient le paysage et s’observaient, mais chacun restait de son côté, tant ils se méfiaient les uns des autres. Puis la nuit vint. Il régnait un silence bizarre et la Terre brillait dans le ciel comme une étoile lointaine. Les cosmonautes se sentaient tristes et désemparés.   Ils comprirent tout à coup qu’ils pensaient la même chose et qu’ils éprouvaient le même sentiment. Alors ils se sourirent, se rapprochèrent, allumèrent ensemble un grand feu, et chacun chanta des chansons de son pays. Cela les réconforta et, en attendant le matin, ils apprirent à se connaître.

Le matin arriva enfin. Il faisait très froid.

Soudain, un Martien surgit d’un bouquet d’arbres. Il était vraiment horrible à voir ! Il était tout vert, il avait deux antennes à la place des oreilles, une trompe et six bras.

Il les regarda et fit : « GRRRR ! » Dans sa langue, cela voulait dire : « Mon Dieu, qui sont ces affreuses créatures ? »  Mais les Terriens pensèrent que c’était un cri de guerre.

Le Martien était tellement différent d’eux qu’ils ne cherchèrent ni à le comprendre ni à l’aimer. Ils tombèrent tout de suite d’accord pour l’attaquer.

En face de ce monstre, leurs petites différences ne comptaient plus. Quelle importance s’ils ne parlaient pas la même langue ? Ils étaient tous trois des êtres humains. L’autre non. Il était trop laid.

Et les Terriens pensaient qu’une créature aussi affreuse était forcément méchante.

Ils décidèrent alors de le tuer avec leurs désintégrateurs atomiques.

Mais tout à coup, dans le silence glacé du matin, un petit oiseau martien, sans doute échappé du nid, tomba sur le sol, tout tremblant de peur et de froid. Il piaulait désespérément, un peu comme un oiseau de la Terre. Il faisait vraiment pitié. L’Américain, le Russe et le Chinois, en le voyant, ne purent retenir une larme.

À cet instant se produisit un fait étrange. Le Martien lui aussi s’approcha de l’oiseau, le regarda et laissa échapper deux filets de fumée de sa trompe. Et les Terriens comprirent soudain que le Martien pleurait. À sa façon, bien sûr, comme pleurent les Martiens.

Puis on le vit se pencher sur l’oisillon et le prendre dans ses six bras en cherchant à le réchauffer.

Le Chinois se tourna alors vers ses deux compagnons. « Vous avez compris ? leur dit-il. Nous croyions que ce monstre était différent de nous, et voilà qu’il aime les animaux, qu’il est capable d’être ému. Il a un cœur, et certainement aussi un cerveau ! »

La leçon était claire : ce n’est pas parce qu’on est différent qu’on doit être ennemi. Ils s’approchèrent du Martien et lui tendirent la main.

Et lui, qui en avait six, serra d’un seul coup la main des trois amis et, de ses mains encore libres, leur fit un grand salut.

Puis, montrant la Terre, là-bas dans le ciel, il leur fit comprendre qu’il désirait y faire un voyage pour rencontrer ses habitants.  Tout contents, les Terriens dirent oui à ce projet.

Et pour fêter l’événement, ils lui offrirent une petite bouteille d’eau bien fraîche qui venait de la Terre. Le Martien, tout heureux, aspira la boisson, et déclara que cette boisson lui plaisait beaucoup, même si elle lui faisait un peu tourner la tête.

Mais désormais les Terriens ne s’étonnaient plus de rien…  Ils avaient compris que sur la Terre comme sur les autres planètes chaque être est différent des autres. Il suffit d’arriver à se comprendre.

Source : Umberto Eco ; Eugenio Carmi, Les trois cosmonautes et autres contes, Grasset-Jeunesse, 2008

     
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