
En 2024, Siri Hustvedt perd son mari, l’écrivain Paul Auster, des suites d’un cancer du poumon diagnostiqué l’année précédente. Écrivaine elle-même, elle fait dans Ghost Stories sa propre thérapie du deuil. Nous la suivons à travers la maladie de son mari, son décès, puis la phase difficile du deuil, le tout entrecoupé de flashbacks sur leur passé : son parcours, leur rencontre, leur vie de couple, leurs enfants, leur travail d’écrivains.
C’est beau, profond, touchant et empreint de nostalgie. Le livre se clôt en 2025, un an après le décès ; et, bien entendu, le deuil est toujours là, présent dans sa tête.
Ce livre m’a beaucoup touché. Moi-même, j’ai perdu mon frère au printemps (longue maladie) et la belle-mère d’une de mes filles cet été (mort soudaine). À travers ce récit, je revis ces deuils récents et cela me parle profondément.
Comment « mieux » vivre un deuil ?
Si je suis le plan du livre, on peut identifier plusieurs phases :
- D’abord, la préparation mentale et le déni, même si la fin est inéluctable.
- Puis le choc et le refus.
- Ensuite vient une période de fuite : l’auteure sent la présence de l’être perdu — ce que Christophe Fauré appelle les VSCD (Vécus Subjectifs de Contact avec le Défunt) —, ressent même la fumée de ses cigares, et se plonge dans la lecture et la relecture des papiers laissés, ce qui, pour un écrivain, peut représenter de gros volumes.
- Cette phase de maturation conduit l’auteure à dissoudre progressivement le « nous », c’est-à-dire la fusion et le partage avec l’autre. C’est l’étape indispensable pour faciliter la reconstruction.
Cela me conduit à deux réflexions.
1. L’importance des souvenirs tangibles
Il est crucial d’avoir gardé des souvenirs tangibles (écrits, photos, correspondances, etc.), bref de documenter pour ses proches. Même si aujourd’hui beaucoup passe par les réseaux sociaux, les mails ou les SMS, cela reste traçable et devient, après un décès, une matière précieuse pour le deuil.
2. Revoir la démarche de Kübler-Ross
Spécialiste des soins palliatifs, Elisabeth Kübler-Ross a établi une démarche en cinq points pour les personnes en fin de vie (déni, colère, marchandage, dépression, acceptation). Mais, comme le fait très justement remarquer l’auteure de ce livre, on ne vit pas un deuil de la même manière que les mourants vivent leur départ. Il faut accepter qu’il y ait des étapes similaires (déni, perte de repères, etc.), mais la sérénité du mourant n’est pas du même ordre que la lente reconstruction de l’endeuillé.
Et à cela, il faut se préparer.
Ghost Stories est un livre mosaïque, intime et lucide, qui ne cherche pas à refermer le deuil, mais à l’habiter. Un très beau livre à partager, surtout pour ceux qui ont connu ou connaîtront la perte d’un proche.







