Et si l’Italie était aussi une métaphore de la vie en organisation ?

Dans un petit village pauvre de Moldavie, tous les habitants rêvent de rejoindre l’Italie, perçue comme un paradis. Pour y parvenir, ils tentent tout : apprendre le curling, transformer un tracteur en sous-marin, organiser une croisade ou faire appel à des passeurs.Dans Des mille et une façons de quitter la Moldavie, Vladimir Lortchenkov mêle le burlesque de Don Camillo, l’absurde d’Ubu roi et l’esprit de Borat.

Mais derrière cette farce se cache une réalité beaucoup plus sombre : celle des populations qui rêvent d’Europe ou des États-Unis comme d’un Eldorado, tandis que les frontières se ferment devant elles.L’Italie représente alors bien plus qu’un pays. Elle incarne l’espoir d’une vie meilleure, mais aussi la distance entre ceux qui peuvent circuler librement et ceux qui restent enfermés dans leur condition.Cette lecture peut être transposée au monde de l’entreprise.

Dans une organisation, l’Italie devient le sommet de la hiérarchie : la direction générale, le comité exécutif, les fonctions les mieux rémunérées et les plus prestigieuses.Tous travaillent pour la même institution, mais certains salariés ont le sentiment de vivre dans un autre monde. Les décisions se prennent derrière des portes fermées, les avantages se concentrent au sommet et les réorganisations se traduisent, pour eux, par de nouvelles contraintes.Leur « départ » peut prendre mille formes : obtenir une promotion ; changer de service ; accéder à une formation ; trouver un autre emploi ; être enfin reconnus…

Les habitants de Larga cherchent à franchir des frontières géographiques. Les salariés, eux, tentent de franchir des frontières invisibles : hiérarchiques, salariales, symboliques et culturelles.Le roman devient ainsi une fable sur l’exil intérieur, le déclassement et la distance croissante entre ceux qui travaillent dans la même organisation sans partager réellement le même monde.Sous ses dehors de farce débridée, Des mille et une façons de quitter la Moldavie est un livre drôle, cruel et profondément politique.

Et si, dans nos organisations, la première étape consistait à rendre ces frontières visibles pour pouvoir enfin les réduire ?

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Un récit de deuil et d’amour

En 2024, Siri Hustvedt perd son mari, l’écrivain Paul Auster, des suites d’un cancer du poumon diagnostiqué l’année précédente. Écrivaine elle-même, elle fait dans Ghost Stories sa propre thérapie du deuil. Nous la suivons à travers la maladie de son mari, son décès, puis la phase difficile du deuil, le tout entrecoupé de flashbacks sur leur passé : son parcours, leur rencontre, leur vie de couple, leurs enfants, leur travail d’écrivains.

C’est beau, profond, touchant et empreint de nostalgie. Le livre se clôt en 2025, un an après le décès ; et, bien entendu, le deuil est toujours là, présent dans sa tête.

Ce livre m’a beaucoup touché. Moi-même, j’ai perdu mon frère au printemps (longue maladie) et la belle-mère d’une de mes filles cet été (mort soudaine). À travers ce récit, je revis ces deuils récents et cela me parle profondément.

Comment « mieux » vivre un deuil ?

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Coopérez sans oublier l’histoire

Les Veines ouvertes de l’Amérique latine, d’Eduardo Galeano, a été publié en 1971. C’est un livre qui date — et qui continue pourtant de poser une question dérangeante : que voyons-nous vraiment des relations économiques et humaines dont nous bénéficions ?

Galeano retrace des siècles d’extraction des richesses du continent, depuis la conquête coloniale jusqu’aux formes de dépendance économique de son époque. Ce qui glace le sang, ce n’est pas seulement l’ampleur des ressources prélevées. Ce sont les vies brisées, le travail imposé dans des conditions inhumaines, et la facilité avec laquelle ces réalités disparaissent derrière les produits que nous consommons.

Ce livre m’a fait réfléchir à ce que signifie travailler en contexte multiculturel.

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Améliorer la coopération

Dans les organisations, un conflit est souvent présenté comme un simple problème de communication. Un collaborateur serait « difficile ». Une équipe serait « résistante au changement »…

Ces explications sont parfois utiles, mais elles peuvent être trop rapides.

Derrière un désaccord, il peut y avoir une histoire de domination, une perte de statut, une expérience d’exclusion, une peur de ne plus être reconnu ou le sentiment que les décisions sont prises ailleurs. Le comportement visible n’est alors que la partie émergée du problème.

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Formation, sensibilisation, coopération : et si on commençait par écouter avant de convaincre ?

En pleine canicule, Emna, avocate tunisoise, part en mission à Djerba pour sensibiliser les femmes d’un petit village à leurs droits civiques. Ce qu’elle y découvre bouleverse autant les Djerbiennes qu’elle-même.

Ce roman met à nu nos malentendus en matière de coopération, de formation et de transmission.
Emna arrive avec un discours sur les droits, la citoyenneté, l’égalité. Les femmes de Tezdaïne, elles, sont d’abord dans la survie : travailler dur pour quelques dinars, nourrir la famille, tenir face à la précarité.
Un cas d’école interculturel : un émissaire urbain, éduqué, s’adresse à des personnes dont le cadre de référence est l’immédiat, le concret, le vital. 

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Transmission interculturelle : ce que les familles migrantes nous apprennent

Dans les familles migrantes, on imagine souvent la transmission culturelle comme une perte progressive : la première génération parle la langue d’origine, la deuxième la comprend à moitié, la troisième ne la parle plus.

La trilogie « Le Pays des autres » de Leïla Slimani, et surtout son dernier volet « J’emporterai le feu », montre une réalité plus complexe. La transmission n’est pas un processus linéaire, mais un mouvement de va-et-vient : ce que certaines générations perdent, les suivantes peuvent le reconquérir.

Cette transmission se joue à plusieurs niveaux :

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Peut-on construire l’avenir sans faire la paix avec le passé ?

Dans une organisation multiculturelle, on ne construit pas durablement le nouveau en exigeant l’oubli de l’ancien.

Cette réflexion m’est venue en lisant « Le Café des au revoir » de Toshikazu Kawaguchi.

Les personnages y sont confrontés à des paroles non prononcées, à des relations inachevées et à des regrets qu’ils continuent de porter. Ils ne peuvent pas modifier le passé, mais ils peuvent le comprendre autrement et trouver une manière d’avancer.

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Ecouter l’invisible

« Les esprits de la steppe » de Corine Sombrun est un livre remarquable, à la fois limpide dans sa lecture et profond dans ses résonances. Sous l’apparente simplicité du récit affleure une histoire bien plus vaste : celle d’une femme, Enkhetuya, mais aussi celle d’un monde en train de se défaire et de se recomposer. Le livre, porté par la voix d’une Française initiée au chamanisme, tient à la fois du témoignage, du récit d’apprentissage et de la méditation sur la fragilité des cultures.

On peut le lire à trois niveaux.

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Sortir d’une relation maître / esclave

C’est le bandeau « Prix Pulitzer » qui m’a incité à lire *James*, de Percival Everett. Dès les premières pages, les allusions à Mark Twain m’ont conduit à comprendre qu’il s’agissait d’une réécriture de *Huckleberry Finn*, racontée cette fois du point de vue de Jim, devenu James.

L’action se déroule dans le sud des États-Unis, dans les années 1850-1860, à la veille de la guerre de Sécession. Jim est esclave. Lorsqu’il apprend qu’il va être vendu, il s’enfuit. Il est bientôt rejoint par Huck, et leurs aventures nous sont racontées depuis le regard de Jim.

Mais Jim n’est pas l’esclave que les Blancs imaginent. Il sait lire et écrire, il a lu Voltaire et Locke, et il maîtrise l’anglais des Blancs. Pour survivre, il doit cependant adopter le comportement attendu de lui : se montrer docile, dissimuler sa pensée et utiliser un langage adapté à ceux qui le dominent.

Cette apparente soumission ne signifie pas qu’il renonce à lui-même. Ses lectures, son intelligence des situations et sa capacité d’observation lui permettent de préserver une liberté intérieure. Il comprend les règles du système avant de pouvoir chercher à s’en affranchir.

Cette situation fait écho à certaines organisations dans lesquelles la relation maître-esclave demeure présente, sous des formes moins visibles : autorité verticale, contrôle de l’information, rapports de classe, injonction à se conformer ou confiscation du pouvoir de décision.

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