Retrouvez une marge de manoeuvre

Hartmut Rosa (Allemand, 1965- ) est un sociologue et philosophe qui repense la théorie sociale à partir du phénomène d’accélération de notre monde. Le livre présenté (La découverte, 2020) vient  en complément de ses deux principaux livres : Accélération (2010) et Résonnance (2018). 

So approche : depuis le XVIIIème siècle, la pensée occidentale définit la modernité comme un équilibre dynamique qui a besoin, pour maintenir son niveau, de croissance économique, d’accélération technique et d’innovation culturelle constante… sous peine de recul et de décrochage. Il en résulte que nous sommes constamment poussés à savoir plus, explorer, maîtriser et contrôler notre environnement. 

Ce besoin de contrôle conduit à deux effets : tout d’abord, si nous contrôlons (que ce soit nous, l’État, les scientifiques, …), nous nous replions sur nous-mêmes et percevons tout ce qui nous échappe comme une agression indue : le manque de temps permanent ou le réchauffement climatique en sont de bons exemples. Ensuite, nous perdons le contact avec le monde qui nous entoure et par là-même ce qui fait la vitalité de notre existence. Un monde complètement planifié serait un monde mort. Qui s’intéresserait à la coupe d’Europe de football si les résultats étaient prévisibles ? L’idée d’Helmut Rosa est de rendre une partie du monde « indisponible » pour créer ou recréer cette expérience. 

Approche purement intellectuelle ? Pas tant que cela ! Je prendrai deux exemples.  Le premier porte sur la marge d’autonomie et de prise de risque en entreprise. Très souvent, seuls sont acceptés les projets sûrs, rentables et sans-à-coup. Pourtant tout le monde sait que les plans ne sont que très rarement respectés et que tout va dériver, en bien ou en mal,  mais il est interdit d’en parler : les « décideurs » ne veulent que du maîtrisé sur le papier. Cela se passe différemment dans votre organisation ?

Le deuxième exemple est au niveau de notre carrière : dès notre bac, nous devons savoir ce que sera notre carrière, or seuls 10 à 15% des étudiants en ont une claire idée. Ensuite, les études sont organisées comme si nous allions passer toute notre vie sur un chemin. Et pourtant, depuis une génération au moins, nous savons et vivons les expérience de changer régulièrement de métier. Les études ont-elles été organisées pour nous y préparer ? Rarement.     

 Ce que prône l’auteur est de retrouver une résonance dans notre forme de relation au monde, d’accepter de ne pas tout maîtriser et d’oser se fixer des objectifs atteignables, de  faire des expériences, de prendre des risques et de vivre pleinement sur la partie indisponible du monde. 

Cette liberté que nous nous autoriserons nous permettra de mieux les changements sociaux et de retrouver une marge de manœuvre sur le rythme de nos vies. 

Par où allez-vous commencer ?