
Dans un petit village pauvre de Moldavie, tous les habitants rêvent de rejoindre l’Italie, perçue comme un paradis. Pour y parvenir, ils tentent tout : apprendre le curling, transformer un tracteur en sous-marin, organiser une croisade ou faire appel à des passeurs.Dans Des mille et une façons de quitter la Moldavie, Vladimir Lortchenkov mêle le burlesque de Don Camillo, l’absurde d’Ubu roi et l’esprit de Borat.
Mais derrière cette farce se cache une réalité beaucoup plus sombre : celle des populations qui rêvent d’Europe ou des États-Unis comme d’un Eldorado, tandis que les frontières se ferment devant elles.L’Italie représente alors bien plus qu’un pays. Elle incarne l’espoir d’une vie meilleure, mais aussi la distance entre ceux qui peuvent circuler librement et ceux qui restent enfermés dans leur condition.Cette lecture peut être transposée au monde de l’entreprise.
Dans une organisation, l’Italie devient le sommet de la hiérarchie : la direction générale, le comité exécutif, les fonctions les mieux rémunérées et les plus prestigieuses.Tous travaillent pour la même institution, mais certains salariés ont le sentiment de vivre dans un autre monde. Les décisions se prennent derrière des portes fermées, les avantages se concentrent au sommet et les réorganisations se traduisent, pour eux, par de nouvelles contraintes.Leur « départ » peut prendre mille formes : obtenir une promotion ; changer de service ; accéder à une formation ; trouver un autre emploi ; être enfin reconnus…
Les habitants de Larga cherchent à franchir des frontières géographiques. Les salariés, eux, tentent de franchir des frontières invisibles : hiérarchiques, salariales, symboliques et culturelles.Le roman devient ainsi une fable sur l’exil intérieur, le déclassement et la distance croissante entre ceux qui travaillent dans la même organisation sans partager réellement le même monde.Sous ses dehors de farce débridée, Des mille et une façons de quitter la Moldavie est un livre drôle, cruel et profondément politique.
Et si, dans nos organisations, la première étape consistait à rendre ces frontières visibles pour pouvoir enfin les réduire ?
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