La mauvaise nouvelle est que la majorité des lecteurs de cet article n’iront pas jusqu’au bout. Dès que l’on se met à parler de livres ou de quelque texte que ce soit d’une certaine longueur, il se trouve toujours une personne pour expliquer qu’Internet a réduit ses capacités de concentration. D’abord agacé, vous vous rendez ensuite compte que vous semblez souffrir des mêmes symptômes. Lire la suite
L’humeur du jour
Sortir des idées reçues en management
Selon Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France, la clef de l’évolution est dans la diversité. Or, nous avons tendance à vouloir coller parfaitement à un modèle « idéal » préétabli et à « statufier » quelques principes alors notre évolution s’est faite en innovant en permanence. D’où l’importance pour un manager de dépasser les clichés du « bien agir » qui figent les comportements et freinent l’élan créatif et adaptatif.
Idée reçue n° 1 : « On ne change pas une équipe qui gagne » Lire la suite
Qui avez-vous envie d’être ? Les confessions d’un entrepreneur
Howard Tullman est un « serial entrepreneur », un homme qui a passé sa vie à bâtir des entreprises, les revendre, en refonder…
Voici son témoignage :
Nos vies sont rarement faites d’absolus. Et, en même temps, certaines choses sont des absolus: vous ne pouvez pas danser toutes les danses et, au cours de votre vie, vous avez des choix difficiles, des sacrifices et des compromis à faire –et il vous faudra vivre avec, pour le meilleur et pour le pire, pendant très longtemps.
Avec le temps, vous devenez la somme des choix que vous avez faits. Il nous est possible de moduler et de modifier nos objectifs pour les faire correspondre à nos désirs, à condition que de le faire avec soin –consciemment, activement et invariablement.
Toutes les bonnes choses que tout le monde espère ne surviennent pas par magie: il faut y faire attention, et faire en sorte qu’elles se produisent. Déterminer ses objectifs. Mettre les choses en perspective. Et garder la mesure. Le choix le plus essentiel que vous avez à faire est de savoir précisément quel genre de personne vous voulez être.
A l’heure actuelle, les bourreaux de travail semblent être à la mode. De nos jours, trop de gens vouent un culte à leur travail, transforment leurs loisirs en travail (la forme, la forme, la forme) et consacrent leur temps libre à ce qu’ils estiment le moins dans leur vie. Où trouver de l’âme, de la valeur dans tout ça? Et (en partant du principe que l’objectif soit désirable) comment garder la main sur notre existence, comme ne pas se laisser submerger?
Ce n’est qu’une partie de l’histoire. Au final, l’important n’est pas de faire de l’argent, mais de faire la différence. Et il ne s’agit pas seulement de gagner sa vie, mais de la concevoir, la fabriquer. La personne que vous deviendrez aura un rôle énorme à jouer dans la vie que vous construirez, que ce soit dans votre travail ou à l’extérieur.
Dans l’effervescence du monde et du travail, il est essentiel de ne pas perdre de vue vos objectifs, de ne pas oublier de mettre les choses en perspective et de toujours garder la mesure –ou sinon, ce que vous risquez de perdre en cours de route, c’est vous.
Au travail, nous avons tendance à nous concentrer automatiquement sur les flammes les plus hautes, sur les incendies qui nous semblent les plus dangereux. Nous laissons notre attention se porter sur les crises les plus récentes, plutôt que de garder notre sang-froid et de nous consacrer aux choses les plus essentielles et les plus signifiantes.
L’attention est une matière aussi glissante que le mercure, et tout aussi fluctuante. Si personne ne fait attention aux choses qui comptent réellement, l’indifférence s’installe. Dès que vous cessez de vous consacrer aux personnes qui, dans votre entreprise, sont les plus importantes, elles cessent alors de faire attention à vous et de faire attention à votre entreprise. Mais il ne s’agit ici que de la partie professionnelle de l’équation. Et à mesure que se multiplient les données physiques, mentales et émotionnelles que nous avons à absorber chaque jour, il n’est que trop facile d’appliquer à nos amis et nos familles les mêmes formules, les mêmes systèmes et les mêmes programmes que nous utilisons au travail. Et c’est là que les choses peuvent tourner mal, très mal et très vite.
A nous donc de savoir ce qui est réellement important dans ces relations interpersonnelles, à la fois à court et long terme, mais aussi de leur consacrer autant d’ardeur et d’énergie que ce que nous sommes susceptibles de déployer pour notre travail et les problèmes que nous pouvons y rencontrer.
Que les journées seront toujours trop courtes, il en va d’un principe (et d’un principe immuable). Mais voici ce qu’il faut retenir: votre famille (si vous en avez une) sera une extension toujours plus importante de votre être que ne pourra l’être n’importe quel emploi. Vous aurez toujours du travail à faire, mais vous n’aurez jamais qu’une seule famille. Et, croyez-moi, les amis véritables, eux aussi, ne courent pas les rues. Les amis sont la famille que vous vous choisissez.
Prenez donc cinq minutes pour savoir comment vous aimeriez que les choses soient quand, dans vingt ans ou cinquante ans, vous poserez un regard rétrospectif sur ce que vous avez accompli, sur votre famille, sur ce que vous avez construit. Toutes ces choses sont là, devant vous. Et tout est possible: au final, dans ces choses, l’important c’est ce que vous en faites.
Source : http://www.slate.fr/story/90633/travail-vie
Pourquoi faire compliquer ?
Les Français, champions du monde : Non pas de la complication, mais de la simplification. J’ai découvert une compétition internationale où les participants doivent présenter un sujet complexe en 180 secondes. Les deux gagnantes sont des françaises.
Etre champion(ne) du monde et faire simple, c’est super.
Le sujet ? « Implication des récepteurs 5-HT2A dans la modulation des interneurones PKC dans un contexte d’allodynie »
Simple, n’est-ce pas ? Vous avez tout compris ?
Je vous laisse le soin de la découvrir la championne, (2ème au concours national, 1ère au concours international) et… tirez-en parti pour vos présentations
Vidéo de Noemie Mermet, 2ème place du concours… par mt180fr
Envie de devenir un leader référent ?

Il y a quelques jours, l’Ecosse a failli devenir indépendante. La Catalogne va bientôt voter sur un texte similaire. Bref, la tendance est à l’indépendance et à la valorisation de son pouvoir.
Mais il n’est pas besoin d’être une entité géographique comme l’Ecosse pour cela. Depuis une trentaine d’années, de nombreuses personnes ont créé de toutes pièces leur micro-nation avec tous les symboles assortis (voir en bas de la page des références d’articles sur le sujet).
L’intérêt de cette démarche, c’est qu’elle nous rappelle quelques règles pour devenir un leader ou un référent reconnu sur un sujet ou un thème. Il n’est pas question ici de devenir le duc de La défense ou le prince de La Part Dieu, mais de devenir le référent sur tel ou tel sujet, l’expert reconnu et le leader conseiller des princes sur ce même sujet.
Les 10 règles pour vous faire « mousser » :
- Choisissez un sujet peu clair, un sujet transverse par exemple, à cheval sur plusieurs disciplines, pas trop technique, juste ce qu’il faut pour donner une teinture « scientifique ». Le management ou le stress sont de bons thèmes.
- Développez un réseau de relations, en recherchant par exemple des personnes ayant développé des approches similaires.
- Préservez la démocratie, en permettant à vos suiveurs d’avoir voix au chapitre.
- Vous ne pouvez pas « battre monnaie », mais vous pouvez écrire, publier, parler… autour de votre sujet.
- A ce sujet, n’hésitez pas à créer des débats sur un aspect de votre projet. Consultez nombre de personnes par écrit (envoyer des mails, aller sur des forums). Cela vous donnera une exposition à peu de frais et enrichira votre savoir.
- Misez sur internet (et votre intranet) plutôt que sur les représentations officielles comme la direction de votre entreprise ou les associations professionnelles qui ont pignon sur rue).
- Soyez créatif, mais pas trop. Il ne s’agit pas d’être totalement décalé, mais d’être différent sur un aspect.
- Publiez (en partie) en anglais. Cela vous donne une audience plus large et vous ouvre de nouvelles opportunités.
- Votre entourage est votre premier cercle d’influence. Demandez-leur qui, parmi leurs amis (ou les amis de leurs amis) est susceptible d’être intéressé.
- Gardez la tête froide. Le but est de vous amuser et d’en retirer quelques reconnaissances, mais n’oubliez pas que les modes passent.
Même si le jeu ne vous inspire pas (totalement), je suis sûr que vous avez reconnu les pratiques de quelques personnes de votre entourage (ou des médias).
Article originel sur le sujet : http://q13fox.com/2014/08/27/the-ultimate-diy-project-people-who-create-their-own-countries/stamps.
En français : http://rue89.nouvelobs.com/2014/09/06/envie-detre-chef-mode-demploi-creer-micronation-252894
soyez in, soyez introverti !
La revue management de ce mois-ci, fait un reportage sur les managers introvertis (sous la plume d’Isabelle Gonse). Après avoir été longtemps montrés du doigt, ils semblent revenir à la mode. Pourtant, leur discrétion en réunion ou plus largement en société, ne semblent pas les préparer à être des leaders.
Mais d’abord, qu’est-ce qu’un introverti (selon le sens donné par C. G. Jung) : ce sont des gens qui puisent leur énergie dans le calme et le silence quand leurs opposés, les extravertis rechargent leurs accus au contact des autres. L’introverti se distingue souvent par sa tendance à réfléchir avant de parler, quand l’extraverti réfléchit, lui, en parlant (d’où des oppositions parfois entre le début et la fin de son discours).
Ce reportage fait état de 4 conséquences majeures :
– Ils sont redoutables dans la négociation. Etienne Capon, directeur de la ligue nationale de handball, nous relate ceci : « Lors des négociations des droits TV, où se joue une grosse part de notre budget, si quelque chose me fait tiquer, je ne me prononce pas pendant la réunion. C’est après coup seulement, une fois que j’ai pu peser le pour et le contre à tête reposée, que je fais part de ma décision. »
– Laconiques… Mais écoutés. Grégory Schertz, directeur du réseau de magasins d’optique Maurice Frères : « S’il faut recadrer un collaborateur, je suis pris au sérieux parce que j’ai la réputation de peu parler. Quant aux réunions, elles sont mieux préparées lorsque j’y assiste, chacun sait bien que je n’aime pas perdre mon temps en bavardage inutiles. »
– Plébiscités par leurs équipes. Gérard Rodach, directeur du cabinet conseil Dalett (oui, oui, c’est moi): « Les jeunes fonctionnent mieux avec des managers introvertis qui favorisent la culture d’équipe, les décisions transverses, le dialogue et le soutien. Ils sont moins sensibles que leurs aînés aux leaders extravertis, dont le management est souvent perçu comme trop descendant. »
– Leaders à la force tranquille. Grégory Schertz témoigne : « Le marché de l’optique est chahuté par l’arrivée des mutuelles et des réseaux low cost. Je m’efforce de garder le cap sur notre stratégie, ce qui tranquillise les opticiens et les fédère autour de l’enseigne. »
Les managers introvertis ont donc le vent en poupe, mais ne vous trompez pas, ils ne sont pas forcément meilleurs que les extravertis. Ils ont des qualités différentes. Ils sont apparemment plus adaptés à la génération Y, avec plus d’écoute et d’empathie.
Si vous faîtes partie de cette catégorie de manager, ne changez pas. C’est un point fort. En revanche, vous pouvez travailler pour améliorer votre convivialité, votre spontanéité à féliciter, ou encore vous imposer quand c’est nécessaire. Au besoin, entourez-vous de quelques collaborateurs impétueux : une équipe, lorsque les deux profils sont représentés, peut s’avérer terriblement efficace.
Des doutes si vous êtes plutôt introvertis ou extravertis ? Lisez Management, un test vous y aidera.
Vive la vie d’artiste !
A l’heure où les serpents de mer de la guerre sur les 35 heures et le travail dominical refont surface, il peut être intéressant de regarder comme les grands artistes travaillent.
La vie d’artiste est souvent représentée comme une vie aux rythmes désorganisés, où de longues plages de repos alternent ave d’imprévisibles moments de créativité. Confusion avec « vie de bohème ? » Pourtant, les biographies nous offrent un autre tableau.
Honoré de Balzac se couchait à 18h pour se réveiller à 1 heure du matin et commencer à travailler. Après une sieste de 8 à 9h, il travaillait jusqu’à 15h. Pablo Picasso préférait travailler de 15 heures à 3 heures du matin.
Si donc chaque artiste a ses routines, tous semblent se rejoindre sur un point : une discipline de fer et une vie réglée au millimètre : « Soyez réglé dans votre vie et ordinaire comme un bourgeois, afin d’être violent et original dans vos œuvres » (Gustave Flaubert).
Trois enseignements à en tirer :
- Il n’y a pas de bonne méthode pour réussir (dans tous les sens du terme). La fameuse formule « l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt » ne fonctionnent pas ici.
- Si tout le monde ne fonctionne pas au même rythme, pourquoi les entreprises obligent-elles les personnes qui ont un travail en partie autonome à travailler aux mêmes horaires que les autres ? Seuls 27% des Français (source Citrix) peuvent, plus ou moins, aménager leurs horaires. A l’opposé, 37% qui le souhaiteraient, ne le peuvent pas.
- En tout cas, les artistes font deux fois leurs 35 heures dans la semaine
Et après, on vous demande d’être créatif et original dans votre travail !
Alors, prêts à la vie d’artiste ?
Plus d’infos ? Je vous renvoie à mon livre : « plus de bureaux ! » (ESF, 2014)
Devenez épicurien…

Epicure est un philosophe grec (-342 / – 270) qui a fondé l’une des plus importantes écoles philosophiques de l’Antiquité, l’épicurisme. Si le mot Epicurien est aujourd’hui synonyme de « jouisseur », « personne qui recherche avant tout le plaisir » (source Larousse). Mais est-ce bien cela ?
Sa philosophie consistait à apprendre à distinguer les plaisirs qui sont bons de ceux qui sont nuisibles et à vivre dans la modération plutôt que de devenir esclave de ses sens.
Pour cela, le philosophe enseignait à ses disciples à bien former leur jugement. Dans ses prescriptions, vous y retrouvez tous les conseils des sages asiatiques : s’exercer au raisonnement et méditer chaque jour sur soi-même et ses actions afin de s’améliorer. C’est aussi une discipline de vie : prendre le temps de savourer chaque menu plaisir de l’existence. Si vous parlez avec des amis, écoutez-les et ne faites pas autre chose ; si vous marchez dans la rue, regardez autour de vous, … Cette vie à l’instant présent, enseignait-il, vous rend heureux et… rend les autres aussi heureux.
C’était cela, pour lui, la philosophie : un acte de résistance, c’est-à-dire résister aux courants de pensée dominants, former son propre jugement et discerner ce qui est bon pour l’homme et ce qui ne l’est pas.
Déjà, à son époque, il s’insurgeait contre ses contemporains qui ne prenaient plus le temps de vivre et s’épuisait dans une spirale de travail et de biens de consommation.
Facile à dire, pourriez-vous dire ? Il y a les frais, les impôts, …, ce à quoi Epicure répondait déjà : travailles moins, acceptes de gagner moins et prends plus le temps d’apprécier la vie au quotidien, plutôt que de courir pour gagner de l’argent et espérer un jour en profiter
Adapté d’un article de Frédéric Lenoir dans Vanity Fair.
L’instant présent
A vous tous qui revenez de vacances (ou y êtes encore) ou qui avez eu un mois d’août cool, nous vous souhaitons de garder votre calme et sérénité de cette période de repos.
Un conte pour vous y aider
(et retarder le plus possible votre course agitée)
On demanda un jour à un homme comment il faisait pour être si recueilli, si à l’écoute, si « zen » avec chacun, en dépit de toutes ses occupations.
Il répondit :
Quand je me lève, je me lève.
Quand je suis assis, je suis assis.
Quand je marche, je marche.
Quand je mange, je mange.
Quand je parle, je parle.
Les gens l’interrompirent en lui disant : « Nous faisons de même ! Que fais-tu de plus ? »
Il répondit :
Quand je me lève, je me lève.
Quand je suis assis, je suis assis.
Quand je marche, je marche.
Quand je mange, je mange.
Quand je parle, je parle.
Les gens lui dirent une nouvelle fois : « c’est ce que nous faisons aussi ! ».
« Non » leur répondit-il.
Quand vous êtes assis, vous vous levez déjà ;
Quand vous vous levez, vous courrez déjà.
Quand vous courrez, vous êtes déjà au but…
Présentement !
Bonne reprise
Source : http://www.philosophie-spiritualite.com/contes/contes12.htm
Le sentier de la vie
Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent. Pour parfaire son apprentissage de la Vie, il l’envoya auprès d’un Vieux Sage.
« Eclaire-moi sur le Sentier de la Vie », demanda le Prince.
« Mes paroles s’évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable, répondit le Sage. Cependant je veux bien te donner quelques indications. Sur ta route, tu trouveras 3 portes. Lis les préceptes indiqués sur chacune d’entre elles. Un besoin irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche pas à t’en détourner, car tu serais condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t’en dire plus. Tu dois éprouver tout cela dans ton cœur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis cette route, droit devant toi. »
Le Vieux Sage disparut et le Prince s’engagea sur le sentier de la Vie.
Il se trouva bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire :
« CHANGE LE MONDE ».
« C’était bien là mon intention, pensa le Prince, car si certaines choses me plaisent dans ce monde, d’autres ne me conviennent pas. »
Et il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre, à conquérir, à modeler la réalité selon son désir. Il y trouva le plaisir et l’ivresse du conquérant, mais pas l’apaisement du cœur. Il réussit à changer certaines choses mais beaucoup d’autres lui résistèrent.
Bien des années passèrent.
Un jour il rencontra le Vieux Sage qui lui demande : « Qu’as-tu appris sur le chemin ? »
« J’ai appris, répondit le Prince, à discerner ce qui est en mon pouvoir et ce qui m’échappe, ce qui dépend de moi et ce qui n’en dépend pas ». « C’est bien, dit le Vieil Homme. Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à ton emprise. » Et il disparut.
Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait y lire :
« CHANGE LES AUTRES ».
« C’était bien là mon intention, pensa-t-il. Les autres sont source de plaisir, de joie et de satisfaction mais aussi de douleur, d’amertume et de frustration. »
Et il s’insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire chez ses semblables. Il chercha à infléchir leur caractère et à extirper leurs défauts. Ce fut là son deuxième combat. Bien des années passèrent.
Un jour, alors qu’il méditait sur l’utilité de ses tentatives de changer les autres, il croisa le Vieux Sage qui lui demanda : « Qu’as-tu appris sur le chemin ? »
« J’ai appris, répondit le Prince, que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies et de mes peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n’en sont que le révélateur ou l’occasion. C’est en moi que prennent racine toutes ces choses. »
« Tu as raison, dit le Sage. Par ce qu’ils réveillent en toi, les autres te révèlent à toi-même. Soit reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui font naître en toi souffrance ou frustration, car à travers eux la Vie t’enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore parcourir. » Et le Vieil Homme disparut.
Peu après, le Prince arriva devant une porte où figuraient ces mots :
« CHANGE-TOI TOI-MEME ».
« Si je suis moi-même la cause de mes problèmes, c’est bien ce qui me reste à faire, » se dit-il.
Et il entama son 3ème combat. Il chercha à infléchir son caractère, à combattre ses imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas à son idéal.
Après bien des années de ce combat où il connut quelque succès mais aussi des échecs et des résistances, le Prince rencontra le Sage qui lui demanda : Qu’as-tu appris sur le chemin ? »
« J’ai appris, répondit le Prince, qu’il y a en nous des choses qu’on peut améliorer, d’autres qui nous résistent et qu’on n’arrive pas à briser. »
« C’est bien, » dit le Sage.
« Oui, poursuivit le Prince, mais je commence à être las de ma battre contre tout, contre tous, contre moi-même. Cela ne finira-t-il jamais ?
Quand trouverai-je le repos ? J’ai envie de cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner, de lâcher prise. »
« C’est justement ton prochain apprentissage, dit le Vieux Sage. Mais avant d’aller plus loin, retourne-toi et contemple le chemin parcouru. » Et il disparut.
Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain la 3ème porte et s’aperçut qu’elle portait sur sa face arrière une inscription qui disait :
« ACCEPTE-TOI TOI-MEME. »
Le Prince s’étonna de ne point avoir vu cette inscription lorsqu’il avait franchi la porte la première fois, dans l’autre sens. « Quand on combat on devient aveugle, se dit-il. » Il vit aussi, gisant sur le sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu’il avait rejeté et combattu en lui : ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux démons. Il apprit alors à les reconnaître, à les accepter, à les aimer. Il apprit à s’aimer lui-même sans plus se comparer, se juger, se blâmer.
Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda : « Qu’as-tu appris sur le chemin
« J’ai appris, répondit le Prince, que détester ou refuser une partie de moi, c’est me condamner à ne jamais être en accord avec moi-même. J’ai appris à m’accepter moi-même, totalement, inconditionnellement. »
« C’est bien, dit le Vieil Homme, c’est la première Sagesse. Maintenant tu peux repasser la 3ème porte. »
A peine arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut au loin la face arrière de la seconde porte et y lut :
« ACCEPTE LES AUTRES. »
Tout autour de lui il reconnut les personnes qu’il avait côtoyées dans sa vie ; celles qu’il avait aimées comme celles qu’il avait détestées. Celles qu’il avait soutenues et celles qu’il avait combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de voir leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l’avait tellement gêné et contre quoi il s’était battu.
Il rencontra à nouveau le Vieux Sage. « Qu’as-tu appris sur le chemin ? » demanda ce dernier.
J’ai appris, répondit le Prince, qu’en étant en accord avec moi-même, je n’avais plus rien à reprocher aux autres, plus rien à craindre d’eux. J’ai appris à accepter et à aimer les autres totalement, inconditionnellement. »
« C’est bien, » dit le Vieux Sage. C’est la seconde Sagesse. Tu peux franchir à nouveau la deuxième porte.
Arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la première porte et y lut :
« ACCEPTE LE MONDE. »
Curieux, se dit-il, que je n’aie pas vu cette inscription la première fois. Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu’il avait cherché à conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé par l’éclat et la beauté de toute chose. Par leur perfection. C’était pourtant le même monde qu’autrefois. Etait-ce le monde qui avait changé ou son regard ?
Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda. « Qu’as-tu appris sur le chemin ? »
« J’ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit pas le monde, elle se voit dans le monde. Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai. Quand elle est accablée, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n’est ni triste ni gai. Il est là ; il existe ; c’est tout. Ce n’était pas le monde qui me troublait, mais l’idée que je m’en faisais. J’ai appris à accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement. »
C’est la 3ème Sagesse, dit le Vieil Homme. Te voilà à présent en accord avec toi-même, avec les autres et avec le Monde. » Un profond sentiment de paix, de sérénité, de plénitude envahit le Prince. Le Silence l’habita. « Tu es prêt, maintenant, à franchir le dernier Seuil, dit le Vieux Sage, celui du passage du silence de la plénitude à la Plénitude du Silence. »
Et le Vieil Homme disparut.











