affirmation de soi

Enseigner le découragement…

Sur la vidéo ci-dessus, Charisse Nixon, prof de psychologie à la Penn State Behrend (Pennsylvanie, USA), propose un exercice très simple à ses étudiants : chacun d’eux reçoit une feuille sur laquelle figurent trois mots et doit trouver une anagramme pour chaque mot. Tout l’intérêt de cette petite expérience réside dans le fait que le troisième mot est le même pour tout le monde. Pourtant, seuls les élèves qui avaient des premiers anagrammes faciles trouvent le dernier anagramme, aucun élève à qui on avait donné deux premiers mots impossibles ne trouve le troisième.

Ce que Charisse Nixon vient de mettre en évidence de manière spectaculaire est l’impuissance apprise (parfois désignée sous le terme de résignation acquise) traduction française du Learned Helplessness théorisé par le psychologue comportementaliste américain Martin Seligman, Le sujet intègre durablement que ce qui lui arrive est indépendant de son comportement, ce qui a trois conséquences :

  •  il a du mal à comprendre qu’il peut avoir prise sur les événements(déficit cognitif)
  • sa motivation baisse fortement, il n’émet plus de réponses volontaires (déficit motivationnel)
  • il s’enfonce dans une forme de dépression(déficit émotionnel)

Le psychologue canadien Marc Vachon estime que l’impuissance apprise repose sur trois caractéristiques

  • le sentiment que la situation est permanente, ce que trahit l’utilisation de mots comme toujours, jamais, personne, etc. « Je n’y arriverai jamais ! »
  • le sentiment d’être victime, que l’on retrouve dans des phrases telles « Ce n’est pas ma faute ! Je n’y peux rien. »
  • le sentiment d’envahissement: tous les secteurs de notre vie sont affectés par le changement.

Tout professionnel aura reconnu, dans les termes décrits ci-dessus, le collaborateur en difficulté qui s’enfonce petit à petit dans la certitude qu’il n’est pas capable, qu’il n’y arrivera pas, qu’il a beau essayer, les résultats viennent montrer son incapacité à comprendre, à faire, à essayer, à oser. Son estime de soi est mauvaise, voir les autres réussir renforce ces sentiments.

Comment lutter contre l’impuissance apprise, alors ?… On perçoit, à travers l’explication du phénomène, quels peuvent être les leviers : la confiance en soi, l’estime de soi, donc la valorisation, notamment face au groupe, la nécessité de réussir régulièrement et de ne pas être confronté continuellement à l’échec, donc la différenciation, le maintien par le management  d’une attitude résolument positive et notamment la maîtrise par le manager de son discours et du vocabulaire employé, le travail en petits groupes fondé sur l’étayage par les pairs…

Souce : Francetvinfo.fr

 

Faites un CV à la Léonard de Vinci et vendez de l’avenir

Slate leonardoresumex
Que vous changiez d’entreprise ou postulez à un nouveau poste au sein de la vôtre, le CV est incontournable. Mais il y a CV et CV. Nombre de CV vendent les succès du passé. Mais votre recruteur veut du futur. Comment lui donner envie de vous recruter ? Voici, peut-être l’un des premiers CV puisqu’il date de 1482. Il n’a rien perdu de son actualité.
En 1482, Leonard de Vinci avait 30 ans et était artificier. Il cherche un emploi et écrit au Duc de Milan. En voici quelques extraits

«Ayant, très illustre Seigneur, vu et étudié les expériences de tous ceux qui se prétendent maîtres en l’art d’inventer des machines de guerre je m’appliquerai à révéler à Votre Excellence certains secrets qui me sont personnels, brièvement énumérés ici.
1° J’ai un moyen de construire des ponts très légers et faciles à transporter, pour la poursuite de l’ennemi en fuite. 

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Test Etes-vous prêt au management par la confiance ?

Nous n’avons guère été éduqués, ni par l’école, ni par nos années en entreprise à manager par la confiance (sauf dans les quelques entreprises étrangères, mais aussi françaises, qui le pratiquent).

Pourquoi ? Parce que le management par la confiance repose sur quelques concepts de communication qui ne font pas partie de la culture traditionnelle (cela évolue…doucement).

Etes-vous fait pour le management par la confiance ? (répondez par oui/ non) Lire la suite

Les 5 enseignements de Niki

Je connaissais (ou pensais connaître) Niki de Saint Phalle pour ses nanas, ses monstrueuses femmes colorés et sa très belle fontaine près du centre Pompidou.

L’exposition en cours au Grand Palais me l’a fait découvrir sous un tout autre visage. Je ne parlerais  pas tant au niveau artistique (je ne suis pas légitime pour cela), mais en tant que personne.

Cinq enseignements :

  1. Capacité de résilience : sa vie n’a pas été un champ de roses et elle a su à chaque fois rebondir
  2. Sortir du cadre : issue d’un milieu de grande bourgeoisie française (à la mode 1930), elle a su lever le carcan moral qui pesait sur elle, dans un monde social artistique très machiste à l’époque
  3. « Faire ce qu’elle veut, pas ce qu’elle doit » : elle qui n’a jamais suivi un cours d’art (et d’être formaté) a joué à fond cette carte
  4. Aller au bout des choses : la création du merveilleux jardin des Tarots en Toscane l’a mobilisé pendant 15 ans et l’a sorti du circuit « commercial », mais c’était son rêve et elle a été jusqu’au bout.
  5. Aller en profondeur : obsédée par lacréation, elle passera son temps, toute sa vie, à créer et recréer, explorer et inventer.

Chapeau !

Courrez vite au Grand Palais (réservez avant pour éviter la file d’attente).

Pourquoi faire compliquer ?

Les Français, champions du monde : Non pas de la complication, mais de la simplification. J’ai découvert une compétition internationale où les participants doivent présenter un sujet complexe en 180 secondes. Les deux gagnantes sont des françaises.

Etre champion(ne) du monde et faire simple, c’est super.

Le sujet ?  « Implication des récepteurs 5-HT2A dans la modulation des interneurones PKC dans un contexte d’allodynie »

Simple, n’est-ce pas ?  Vous avez tout compris ?

Je vous laisse le soin de la découvrir  la championne, (2ème au concours national, 1ère au concours international) et… tirez-en parti pour vos présentations

Vidéo de Noemie Mermet, 2ème place du concours… par mt180fr

Envie de devenir un leader référent ?


Il y a quelques jours, l’Ecosse a failli devenir indépendante. La Catalogne  va bientôt voter sur un texte similaire. Bref, la tendance est à l’indépendance et à la valorisation de son pouvoir.

Mais il n’est pas besoin d’être une entité géographique comme l’Ecosse pour cela. Depuis une trentaine d’années,  de nombreuses personnes ont créé de toutes pièces leur micro-nation avec tous les symboles assortis (voir en bas de la page des références d’articles sur le sujet).

L’intérêt de cette démarche, c’est qu’elle nous rappelle quelques règles pour devenir un leader ou un référent reconnu sur un sujet ou un thème. Il n’est pas question ici de devenir le duc de La défense ou le prince de La Part Dieu, mais de devenir le référent sur tel ou tel sujet, l’expert reconnu et le leader conseiller des princes sur ce même sujet.

Les 10 règles pour vous faire « mousser » :

  1. Choisissez un sujet peu clair, un sujet transverse par exemple, à cheval sur plusieurs disciplines, pas trop technique, juste ce qu’il faut pour donner une teinture « scientifique ». Le management  ou le stress sont de bons thèmes.
  2. Développez un réseau de relations, en recherchant par exemple des personnes ayant développé des approches similaires.
  3. Préservez la démocratie, en permettant à vos suiveurs d’avoir voix au chapitre.
  4. Vous ne pouvez pas « battre monnaie », mais vous pouvez écrire, publier, parler… autour de votre sujet.
  5.  A ce sujet, n’hésitez pas à créer des débats sur un aspect de votre projet. Consultez nombre de personnes par écrit (envoyer des mails, aller sur des forums). Cela vous donnera une exposition à peu de frais et enrichira votre savoir.
  6.  Misez sur internet (et votre intranet) plutôt que sur les représentations officielles comme la direction de votre entreprise ou les associations professionnelles qui ont pignon sur rue).
  7. Soyez créatif, mais pas trop.  Il ne s’agit pas d’être totalement décalé, mais d’être différent sur un aspect.
  8.  Publiez (en partie) en anglais. Cela vous donne une audience plus large et vous ouvre de nouvelles opportunités.
  9. Votre entourage est votre premier cercle d’influence. Demandez-leur qui, parmi leurs amis (ou les amis de leurs amis) est susceptible d’être intéressé.
  10.   Gardez la tête froide. Le but est de vous amuser et d’en retirer quelques reconnaissances, mais n’oubliez pas que les modes passent.

Même si le jeu ne vous inspire pas (totalement), je suis sûr que vous avez reconnu les pratiques de quelques personnes de votre entourage (ou des médias).

 

Article originel sur le sujet : http://q13fox.com/2014/08/27/the-ultimate-diy-project-people-who-create-their-own-countries/stamps.

En français : http://rue89.nouvelobs.com/2014/09/06/envie-detre-chef-mode-demploi-creer-micronation-252894

Suivre ou cultiver sa passion ?

Vous lisez, voyez, entendez nombre de gourous vous expliquer que pour vous réaliser vous devez faire un travail correspondant à vos passions. Attention ! La passion dont il est question ici n’est pas la dernière lubie à la mode, mais quelque chose qui est en vous depuis longtemps et souvent depuis votre adolescence.

Mon expérience de coach me dit que cela est vrai. Nombre de personnes ont fait des études de droit ou d’ingénieur parce qu’ils étaient issus d’une famille de juristes ou bons en math, mais même s’ils ont fait preuve de fidélité familiale ou utilisé leurs talents, ils savent  au fond d’eux-mêmes ou découvrent à 30, 40 ans ou plus que, dans le fond, ce n’est pas fondamentalement ce qu’ils voulaient faire.

Témoignage : Noémie était douée et passionnée par les arts (peinture, sculpture…) mais pour ces parents, ce n’était pas un métier. Sagement, elle a fait du droit, travaillé dans l’immobilier (et brillamment réussi), et puis un beau jour, a décidé de se lancer à temps plein dans l’art (en construisant méthodiquement son transfert d’activité).

Vous connaissez sûrement de telles personnes qui, après un licenciement, une séparation ou toutes autres circonstances de la vie a changé de cap.

Super, sauf que peut-être vous n’avez jamais eu de vrai passion, (ou au contraire en avez-vous trop). Cela veut-il dire que vous ne serez pas heureux dans votre existence ?

En fait, la majorité des gens (dont moi) n’ont pas eu de véritable passion. Donc, « suivre » sa passion n’est pas le mot approprié pour eux.  Certains chercheurs (comme Carl Newport) préfèrent parler de « cultiver sa passion ». Pour lui, « cultiver sa passion » signifie « rechercher, bâtir de la passion dans son travail ».  Un peu comme un artisan, vous développez votre savoir-faire dans votre domaine de telle sorte que vous le pratiquez d’une manière qui vous donne du plaisir.

Ainsi Steve Jobs est entré par accident dans l’informatique (il n’était pas un bon informaticien, à la différence de Bill Gates), mais ouvert aux opportunités, il a utilisé ses talents de persuasion et de perception des tendances pour développer aussi bien Apple, que Pixar (cinéma d’animation) ou  réussir le lancement de l’Iphone. Croyez-vous qu’il avait la passion du cinéma ou du téléphone dès sa jeunesse ? Non, il a seulement suivi ce qui lui semblait être ses forces, tout en se faisant épauler sur ses points faibles (il était un mauvais manager et il le savait).

Voici donc une clé (je dis bien « une clé ») du secret de la passion: il n’y a pas forcément en vous une passion particulière qui attend d’être (re)découverte. La passion est quelque chose qui peut être cultivée. Il n’est pas sensé de dire, « Je ne sais pas ce qui est ma passion. » Ce qui est logique est de dire, « je n’ai pas encore cultivé une passion, je devrais vraiment me concentrer sur la manière dont je veux travailler (et y trouver du plaisir) et commencer ce processus dès aujourd’hui ».

Devenez épicurien…


Epicure est un philosophe grec (-342 / – 270) qui a fondé l’une des plus importantes écoles philosophiques de l’Antiquité, l’épicurisme. Si le mot Epicurien est aujourd’hui synonyme de « jouisseur », « personne qui recherche avant tout le plaisir » (source Larousse). Mais est-ce bien cela ?

Sa philosophie consistait à apprendre à distinguer les plaisirs qui sont bons de ceux qui sont nuisibles et à vivre dans la modération plutôt que de devenir esclave de ses sens.

Pour cela, le philosophe enseignait à ses disciples à bien former leur jugement. Dans ses prescriptions, vous y retrouvez tous les conseils des sages asiatiques : s’exercer au raisonnement et méditer chaque jour sur soi-même et ses actions afin de s’améliorer. C’est aussi une discipline de vie : prendre le temps de savourer chaque menu plaisir de l’existence. Si vous parlez avec des amis, écoutez-les et ne faites pas autre chose ; si vous marchez dans la rue, regardez autour de vous, … Cette vie à l’instant présent, enseignait-il, vous rend heureux et… rend les autres aussi heureux.

C’était cela, pour lui, la philosophie : un acte de résistance, c’est-à-dire résister aux courants de pensée dominants, former son propre jugement et discerner ce qui est bon pour l’homme et ce qui ne l’est pas.

Déjà, à son époque, il s’insurgeait contre ses contemporains qui ne prenaient plus le temps de vivre et s’épuisait dans une spirale de travail et de biens de consommation.

Facile à dire, pourriez-vous dire ? Il y a les frais, les impôts, …, ce à quoi Epicure répondait déjà : travailles moins, acceptes de gagner moins et prends plus le temps d’apprécier la vie au quotidien, plutôt que de courir pour gagner de l’argent et espérer un jour en profiter

Adapté d’un article de Frédéric Lenoir dans Vanity Fair.

Le sentier de la vie

Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent. Pour parfaire son apprentissage de la Vie, il l’envoya auprès d’un Vieux Sage.

 « Eclaire-moi sur le Sentier de la Vie », demanda le Prince.

 « Mes paroles s’évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable, répondit le Sage. Cependant je veux bien te donner quelques indications. Sur ta route, tu trouveras 3 portes. Lis les préceptes indiqués sur chacune d’entre elles. Un besoin irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche pas à t’en détourner, car tu serais condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t’en dire plus. Tu dois éprouver tout cela dans ton cœur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis cette route, droit devant toi. »

 Le Vieux Sage disparut et le Prince s’engagea sur le sentier de la Vie.

 Il se trouva bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire :

 « CHANGE LE MONDE ».

« C’était bien là mon intention, pensa le Prince, car si certaines choses me plaisent dans ce monde, d’autres ne me conviennent pas. »

Et il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre, à conquérir, à modeler la réalité selon son désir. Il y trouva le plaisir et l’ivresse du conquérant, mais pas l’apaisement du cœur. Il réussit à changer certaines choses mais beaucoup d’autres lui résistèrent.

 Bien des années passèrent.

 Un jour il rencontra le Vieux Sage qui lui demande : « Qu’as-tu appris sur le chemin ? »

« J’ai appris, répondit le Prince, à discerner ce qui est en mon  pouvoir et ce qui m’échappe, ce qui dépend de moi et ce qui n’en dépend pas ». « C’est bien, dit le Vieil Homme. Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à ton emprise. » Et il disparut.

 Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait y lire :

 « CHANGE LES AUTRES ».

 « C’était bien là mon intention, pensa-t-il. Les autres sont source de plaisir, de joie et de satisfaction mais aussi de douleur, d’amertume et de frustration. »

Et il s’insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire chez ses semblables. Il chercha à infléchir leur caractère et à extirper leurs défauts. Ce fut là son deuxième combat. Bien des années passèrent.

 Un jour, alors qu’il méditait sur l’utilité de ses tentatives de changer les autres, il croisa le Vieux Sage qui lui demanda : « Qu’as-tu appris sur le chemin ? »

« J’ai appris, répondit le Prince,  que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies et de mes peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n’en sont que le révélateur ou l’occasion. C’est en moi que prennent racine toutes ces choses. »

« Tu as raison, dit le Sage. Par ce qu’ils réveillent en toi, les autres te révèlent à toi-même. Soit  reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui font naître en toi souffrance ou frustration, car à travers eux la Vie t’enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore parcourir. » Et le Vieil Homme disparut.

 Peu après, le Prince arriva devant une porte où figuraient ces mots :

 « CHANGE-TOI TOI-MEME ».

 « Si je suis moi-même la cause de mes problèmes, c’est bien ce qui me reste à faire, » se dit-il.

Et il entama son 3ème combat. Il chercha à infléchir son caractère, à combattre ses imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas à son idéal.

 Après bien des années de ce combat où il connut quelque succès mais aussi des échecs et des résistances, le Prince rencontra le Sage qui lui demanda : Qu’as-tu appris sur le chemin ? »

« J’ai appris, répondit le Prince, qu’il y a en nous des choses qu’on peut améliorer, d’autres qui nous résistent et qu’on n’arrive pas à briser. »

« C’est bien, » dit le Sage.

« Oui, poursuivit le Prince, mais je commence à être las de ma battre contre tout, contre tous, contre moi-même. Cela ne finira-t-il jamais ?

Quand trouverai-je le repos ? J’ai envie de cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner, de lâcher prise. »

« C’est justement ton prochain apprentissage, dit le Vieux Sage. Mais avant d’aller plus loin, retourne-toi et contemple le chemin parcouru. » Et il disparut.

 Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain la 3ème porte et s’aperçut qu’elle portait sur sa face arrière une inscription qui disait :

 « ACCEPTE-TOI TOI-MEME. »

 Le Prince s’étonna de ne point avoir vu cette inscription lorsqu’il avait franchi la porte la première fois, dans l’autre sens. « Quand on combat on devient aveugle, se dit-il. » Il vit aussi, gisant sur le sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu’il avait rejeté et combattu en lui : ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux démons. Il apprit alors à les reconnaître, à les accepter, à les aimer. Il apprit à s’aimer lui-même sans plus se comparer, se juger, se blâmer.

 Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda : « Qu’as-tu appris sur le chemin

« J’ai appris, répondit le Prince, que détester ou refuser une partie de moi, c’est me condamner à ne jamais être en accord avec moi-même. J’ai appris à m’accepter moi-même, totalement, inconditionnellement. »

« C’est bien, dit le Vieil Homme, c’est la première Sagesse. Maintenant tu peux repasser la 3ème  porte. »

 A peine arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut au loin la face arrière de la seconde porte et y lut :

 « ACCEPTE LES AUTRES. »

 Tout autour de lui il reconnut les personnes qu’il avait côtoyées dans sa vie ; celles qu’il avait aimées comme celles qu’il avait détestées. Celles qu’il avait soutenues et celles qu’il avait combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de voir leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l’avait tellement gêné et contre quoi il s’était battu.

 Il rencontra à nouveau le Vieux Sage. « Qu’as-tu appris sur le chemin ? » demanda ce dernier.

J’ai appris, répondit le Prince, qu’en étant en accord avec moi-même, je n’avais plus rien à reprocher aux autres, plus rien à craindre d’eux. J’ai appris à accepter et à aimer les autres totalement, inconditionnellement. »

« C’est bien, » dit le Vieux Sage. C’est la seconde Sagesse. Tu peux franchir à nouveau la deuxième porte.

 Arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la première porte et y lut :

 « ACCEPTE LE MONDE. »

 Curieux, se dit-il, que je n’aie pas vu cette inscription la première fois. Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu’il avait cherché à conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé par l’éclat et la beauté de toute chose. Par leur perfection. C’était pourtant le même monde qu’autrefois. Etait-ce le monde qui avait changé ou son regard ?

 Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda. « Qu’as-tu appris sur le chemin ? »

« J’ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit  pas le monde, elle se voit dans le monde. Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai. Quand elle est accablée, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n’est ni triste ni gai. Il est là ; il existe ; c’est tout. Ce n’était pas le monde qui me troublait, mais l’idée que je m’en faisais. J’ai appris à accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement. »

C’est la 3ème Sagesse, dit le Vieil Homme. Te voilà à présent en accord avec toi-même, avec les autres et avec le Monde. » Un profond sentiment de paix, de sérénité, de plénitude envahit le Prince. Le Silence l’habita. « Tu es prêt, maintenant, à franchir le dernier Seuil, dit le Vieux Sage, celui du passage du silence de la plénitude à la Plénitude du Silence. »

 Et le Vieil Homme disparut.


Conte de Polynésie : des fleurs pour la toux

C’est les vacances!  Alors,  place aux contes pour les trois semaines à venir !

Lorsqu’elle vint voir le guérisseur Tiurai, la mère de de Tevane était inquiète : son fils de 16 ans toussait. Cela l’épuisait et il ne sortait plus de la maison.

Tiurai demanda à le voir. Tevane vint le jour suivant. Le guérisseur le fit attendre tout le jour tout en l’observant. A la fin de la journée, Tiurai lui donna une prescription, à savoir aller cueillir certaines fleurs dans la montagne. Tevane les connaissait car il parcourait la montagne depuis tout petit avec son père qui récoltait des bananes sauvages. Il avait l’habitude de porter de lourdes charges (pour son âge) jusqu’à ce que la maladie l’empêche. Aujourd’hui, il voyait, avec tristesse, ses amis être capable de porter de plus lourdes charges encore et cela le minait. Tiurai le renvoya chez lui en lui demandant de suivre son traitement de fleurs pendant douze jours. Le principe en était simple : aller cueillir une des fleurs, la humer, puis se reposer deux jours et recommencer avec une autre fleur.

Le treizième jour, il revint. Tiurai lui donna une nouvelle prescription : aller cueillir des fleurs de bananiers sauvages et s’en faire des décoctions tièdes en alternant à nouveau des plages de traitement et des plages de repos.

Au bout de trois semaines, Tevane revint voir le guérisseur qui le félicita pour avoir respecté le traitement.  Tiurai lui donna l’ordre d’aller chercher des régimes de bananes sauvages dans la montagne,  en commençant par en prendre deux, puis progressivement augmenter la charge, à raison d’un régime de plus par semaine.

Arrivé à six régimes (la charge qu’il portait autrefois), le jeune homme revint voir le guérisseur et constata qu’il ne toussait plus. Le guérisseur lui donna une dernière recommandation : «durant six semaines, continue à porter les six régimes de banane, puis augmente la charge suivant tes forces et non suivant tes orgueil. Ne rentre plus en compétition avec tes amis et tu seras guéri. »

Quelques mois plus tard, la mère de Tevane vint  remercier le guérisseur : son fils portait maintenant dix régimes et ne toussait plus.

Tiurai est-il un médecin, un charlatan ou un sorcier ?

En fait, il avait compris que le jeune homme avait besoin de reprendre confiance en ses capacités. Pour cela,  il l’envoya chercher des fleurs à des altitudes croissantes. Il l’obligea à alterner exercices et repos. Tuvane reprit ainsi progressivement ses forces et écouta plus son corps, ce qui lui permit de se muscler et de porter des charges de plus en plus lourdes.

Tiurai estimait que la rivalité faisait naître la compétition entre les hommes. Toutefois, chacun doit être attentif à ce qu’il est pour ne pas se laisser emporter par les paroles des autres.

Et vous, vous écoutez-vous ?  

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